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  1. Piriou

    Le changement a changé de camp. « Transformer le monde », a dit Marx ; « Change la vie », a dit Rimbaud ; « ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un », renchérissait le surréaliste André Breton. Aujourd’hui, les slogans publicitaires témoignent d’une inversion complète : nous en sommes à la banque d’un monde qui change ou construisons dans un monde qui bouge.
    La modernisation n’est plus revendiquée par la gauche contre une droite conservatrice, elle est revendiquée par la droite pour justifier la déconstruction des conquêtes sociales et de ses repères. La sociale démocratie change ainsi le statut du changement : il n’est plus un choix, il est présenté comme un mouvement inéluctable qu’on ne peut faire qu’anticiper si on veut éviter d’être submergé. C’est le discours façon « dame de fer » : Il faut vouloir le changement qui s’annonce parce que le changement est inévitable. Il faut donc vouloir la nécessité. Bien sûr, le changement sera pénible. Bien sûr, il fera des victimes (ceux qui ne pourront pas suivre le rythme du changement et qu’on appellera les exclus), mais les choses seront pires, pour tous, si en tant que dirigeants, nous n’accompagnons pas le changement ; si nous ne le voulons pas.
    Ces transformations affectent directement le monde des travailleurs. Et le patronat y va de sa chanson : Ils sont ringards ces salariés qui s’opposent au changement et à la modernité en campant sur des acquis dépassés. Ils sont irresponsables parce qu’ils mettent tout le monde en danger en voulant défendre les privilèges de quelques-uns. Ils manquent de vertu en ne sachant pas modérer leurs dépenses.

    Les dynamiques collectives du monde du travail sont systématiquement attaquées. C’est l’introduction d’une individualisation liée à la méritocratie et le dévoiement des demandes de liberté exprimées lors des mouvements culturels des années 60 qui paraît l’élément central de l’attaque. En 68, des demandes de liberté et d’authenticité fortes se sont exprimées (« il est interdit d’interdire » ; « on achète ton bonheur, vole-le »). L’entreprise marchande les a entendues et a prétendu y satisfaire, en les transformant en redoutables techniques d’assujettissement : chacun est invité à se réaliser – voilà pour l’authenticité – en étant responsable de l’atteinte (ou plus exactement du dépassement) des objectifs qu’il aura négociés – voilà pour la liberté ; l’autocontrôle remplace le contrôle, le mérite individuel et sa récompense est le point de référence du travailleur plutôt que la convention collective…

    C’est l’invasion de la logique marchande. Les services publics et les associations sont soumis de plus en plus aux normes, fonctionnements et idéologie du secteur marchand qui a conquis depuis les années 80 un quasi monopole en termes de légitimité : le « rapport au client » serait supposé plus efficace que le rapport à l’usager.
    Tocqueville, dans son ouvrage sur les démocraties modernes daté de 1830, s’inquiétait déjà de la montée en puissance d’une civilisation d’un despotisme nouveau qui aime que les citoyens se réjouissent pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?

    Les médias se font les relais de cette nouvelle forme de despotisme. En préparant les cerveaux à recevoir les messages des annonceurs, en transformant l’information en marchandise, en sacrifiant tout à la concurrence. Cette nouvelle forme de propagande martèle le prolétaire. Il est responsable de ses malheurs. Les plus fragiles sont sommés de se conduire comme des petits entrepreneurs de leur existence, sans entreprise ni capitaux (pour reprendre ces formules de P. Bourdieu). S’ils n’ont pas de travail, c’est qu’ils n’en cherchent pas, ou pas bien ; qu’ils s’activent insuffisamment. Ils se complaisent dans l’assistance…

    L’affaiblissement du monde du travail produit un désarroi du public et une propension à se laisser séduire par les thématiques de l’extrême droite.
    Le social libéralisme (même soi-disant démocrate) gère le capital raisonnablement (le salariat saignant en silence). Il se fait aider en cela du syndicalisme réformiste et des mouvements caritatifs qui veulent rendre le quotidien moins dur. Plus acceptable !
    L’infinitésimale « Taxe Tobin » a été rejetée d’un revers de main par les fripons de la finance.
    Tout cela veut dire que le capitalisme n’est pas réformable, même à dose homéopathique.

    Il faut changer ce monde pour lui redonner visage humain. Il faut donc revenir au principe de révolution. Relance tout azimut des revendications. Relance de l’esprit d’utopie. A l’issue de la dernière guerre mondiale, les conditions étaient au moins aussi terribles qu’aujourd’hui, les résistants se nourrissaient des espérances collectives, ils bâtissaient les « jours heureux ». La responsabilité de tous ceux qui se disent de la vraie gauche est de se regrouper, avec nos diversités, derrière un même drapeau pour lancer un mouvement à l’occasion de la présidentielle et gagner des députés aux législatives. Jean Luc Mélenchon creuse un profond sillon, à nous tous de le rendre fertile.

    Michel PIRIOU

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