La lettre d’information d’Ensemble! Numéro 11 – 30 juin 2016

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Au sommaire :
Loi Travail : des manifestations qui accélèrent la crise politique
Unidos Podemos, un pari en construction

Notre-Dame des Landes : vers un conflit de légitimité démocratique !

Après le référundum britannique

Une assemblée riche en discussions

Des manifestations qui accélèrent la crise politique

Le mouvement de lutte contre la loi travail a incontestablement remporté une victoire politique le 23 juin, en rétablissant le droit de manifester, mais surtout en faisant plier Manuel Valls le boutefeu de Matignon qui ne songe qu’à sa carrière politique. Même l’éditorialiste Michel Noblecourt, qui écrit chaque jour des tableaux cauchemardesques sur l’isolement de la CGT, est cette fois obligé de le reconnaitre : « La CGT et FO ont obtenu l’essentiel : elles ont fait plier le gouvernement » (Le Monde 24 juin).

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Certes, il y a eu un compromis, et le tour du bassin de l’Arsenal en partant de la place de la Bastille avait un aspect dérisoire (« Ce n’est pas une manif, c’est un zoo » lisait-on sur une pancarte). Mais c’est bien le pouvoir politique qui s’est ridiculisé et discrédité par ses atermoiements, ses coups de menton, ses volte-face, alors que l’intersyndicale est restée inflexible sur la position « Nous manifesterons », soutenue par une pétition signée par plus de 120 000 personnes en quelques jours, par des déclarations de personnalités, par un front politique unitaire de gauche (EELV, Ensemble, MRC, NGS, Nouvelle Donne, NPA, Parti de Gauche, PCF, PCOF, POI, République & Socialisme) qui a tenu une conférence de presse sur la place de la Bastille la veille de la journée de lutte.

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont donc manifesté à Paris et dans les régions, la brutalité du gouvernement renforçant l’envie d’agir. A Paris, le cortège a pris une tournure très politique en ciblant, y compris dans les rangs syndicaux CGT, le Premier ministre : « Valls Démission », ou encore « Manuel Valls tu vas plonger dans le bassin de l’Arsenal ». Mais aussi la pancarte : « Hollande : destitution ! ». Quant aux délégations de PSA ou Renault, on y entendait : « Nous sommes des ouvriers, pas des casseurs ! Les casseurs sont au patronat ». Et partout : la légitimité et la démocratie sont « ici », dans la rue, pas dans un gouvernement obstiné, minorisé partout, dans l’opinion et à l’Assemblée, et dont la seule défense devient la hargne anti-syndicale, la violence, le mensonge grotesque (exemple : « un Hôpital Necker pris d’assaut» le 14 juin, selon Valls).

Il est particulièrement irresponsable, dans ces circonstances défavorables au gouvernement, que des petits groupes violents aient cru intelligents d’aller briser dans la soirée les fenêtres du local national de la CFDT, prenant ainsi sciemment le risque d’affaiblir la force majoritaire du mouvement, et alors qu’une fois de plus, des syndiqués de la CFDT métaux manifestaient dans la rue. On n’attaque pas des locaux syndicaux !

Pour gagner : la crise politique

Le gouvernement sort donc encore un peu plus affaibli de cette semaine de tensions. Tous les témoignages venant des proches du pouvoir concordent : Valls a été désavoué. Valls joue son propre jeu, et pour lui la loi travail n’est qu’un prétexte à clarifier le champ politique à son profit, à l’intérieur du PS ou dans le syndicalisme. Il le répète d’ailleurs sans arrêt, il n’y a pas plus cynique que lui. Mais jusqu’à quand cela peut-il durer ? L’hypothèse d’un gouvernement « empêché » par ses propres contradictions et par son isolement total est bien celle sur laquelle il faut miser pour gagner.

Certes, les grèves se sont arrêtées, l’été approche, la fatigue pèse. Mais il semble bien que ce gouvernement, moins que jamais, ne parviendra à rassembler une majorité lors du retour de la loi à l’Assemblée nationale. Moins que jamais parce que dans le syndicalisme, le soi-disant front des « réformistes » est en train de se lézarder de plus en plus, avec une CFE-CGC qui demande la suspension du débat parlementaire et une renégociation de l’article 2 de la loi. Avec des syndicats UNSA comme la Fédération banques-assurances qui est vent debout contre ce recul des droits, qui réclame la « sanctuarisation » de la hiérarchie des normes, la suppression des référendum d’entreprise, et qui rappelle que le dernier congrès du PS a voté en juin 2015 la prééminence des conventions et des branches sur les accords d’entreprises ! Avec une direction nationale de l’UNSA qui estime que « le compte n’y est toujours pas ». Il n’y a donc plus que Laurent Berger pour sauver le soldat Hollande, et lui-même a été contraint d’envoyer une protestation à ses amis des ministères contre la folle menace d’interdiction de manifester.

On va donc probablement vers une nouveau 49-3, un désaveu de majorité aggravé à l’Assemblée, un étalage de faiblesse, et de nouvelles motions de censure, à gauche et à droite. Il faudra les voter toutes. Cette loi doit vallser par tous les moyens. Il se pourrait peut-être que dans les hauts cercles du pouvoir, l’envie de se débarrasser de Manuel Valls prenne forme…

Un front commun de la vraie gauche s’impose

Le front syndical des sept organisations (CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL) opposées à la loi travail tient bon. C’est même remarquable. Il attire d’autres forces dans l’UNSA, la CGC, la CFDT. Il mobilise les intellectuels, même si les initiatives peinent à se coordonner.

Tout dernièrement, le front syndical a été rejoint par un front de forces de gauche. Ensemble ! y a contribué depuis plusieurs semaines. Mais ce front reste trop timide, trop empêtré dans des prudences inexplicables, comparées aux enjeux de gagner contre cette loi scélérate. Pour la première fois le 23 juin, un cortège des forces politiques (LO, NPA, Ensemble, PG, EELV, PCF) s’est inséré dans la manifestation. Mais ce cortège manquait de convictions et d’allant. Les forces du Front de gauche n’étaient pas rassemblées. Le meeting du dimanche 12 juin au théâtre Dejazet à Paris (suscité par la Fondation Copernic) avait pourtant été dynamique et des porte-parole politiques y avaient lâché la phrase suivante : « Nous sommes une force ». Oui ! Il faut démentir les assertions des supporter du pouvoir : il y a une alternative, elle est possible, il faut la vouloir. Pas d’abord pour 2017. Mais pour faire capoter cette loi et avec elle, ce pouvoir de droite. Ce front de gauche d’un nouveau type attirerait des socialistes, des forces citoyennes, et redonnerait un souffle supplémentaire à la lutte. Il pourrait commencer par organiser des réunions publiques partout, autour de mesures communes contre le chômage, pour les droits sociaux, pour une nouvelle Europe. Il appuierait des votations citoyennes de rue, en complément des initiatives syndicales.

On ne lâchera pas.

Jean Claude Mamet
>> L’article complet

>> A lire sur ce sujet :
La loi El Khomri mérite un référendum (tribune collective)

Le tract national d’Ensemble

Manifestation du 23 Juin : la volte-face d’un exécutif aux abois
(de Clémentine Autain, publié sur le site regard.fr)

Unidos Podemos, un pari en construction (Myriam Martin et Pierre Marion)

Le 26 Juin, le « sorpaso » annoncé n’a pas eu lieu. Unidos Podemos la coalition électorale emmenée par Podemos et soutenue par Izquierda Unida (IU), n’a pas réussi à dépasser le PSOE, contrairement à ce qu’annonçaient la plupart des sondages de fin de campagne. À l’annonce des résultats, la déception était palpable chez les militant-es de Unidos Podemos et l’incompréhension visible chez les dirigeant-es du mouvement. Toutefois, en se hissant une nouvelle fois au-dessus de la barre des 20 % (21,1 %) et en talonnant le PSOE (22,66 %), Podemos, cette fois-ci accompagné de IU, s’ancre dans le paysage politique espagnol et confirme sa place de première force anti-austérité en Europe.

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Dans le même temps, le PP a bondi de 29 % à 33 % des voix, le PSOE se maintient et Ciudadanos (13,05 %) voit ses électeurs partir au profit du PP (Ciudadanos perd 400 000 voix quand le PP en gagne 600 000 entre le 20 décembre 2015 et le 26 juin 2016). Il semble que dans un contexte d’incertitude, aggravé par le Brexit l’avant-veille des élections, l’électorat a préféré le réconfort de la supposée stabilité face au saut dans l’inconnu que pouvait représenter Unidos Podemos. Le bipartisme peut souffler mais son répit sera de courte durée. Même s’il améliore son score, le PP n’est pas en mesure de gouverner seul et a besoin du soutien des socialistes. Les deux principales options de gouvernements sont soit une grande coalition à l’allemande entre le PP et le PSOE et éventuellement Ciudadanos, soit un gouvernement minoritaire du PP soutenue ponctuellement par le PSOE. Dans les deux cas, la formation emmenée par Pablo Iglesias va pouvoir apparaître comme la seule alternative possible aux deux partis du « régime de 1978 ».

A la recherche d’explications >> L’article complet

>> A lire sur ce sujet :

Etat espagnol. Le premier contretemps de Podemos, de Manuel Gari, militant de Podemos et d’Anticapitalistas

Etat espagnol. Le régime resiste face au pari du « changement », de Jaime Pastor
Articles paru avant le résultat des élections :

Etat espagnol. Sur quel scénario social et politique va déboucher le 26 Juin ? De Jaime Pastor.
« Unis, nous pouvons! » Une coalition qui peut changer la donne en Espagne

Notre-Dame des Landes : vers un conflit de légitimité démocratique !

Article de Maxime Combes, économiste et membre d’Attac France. Publié sur Médiapart.

Le principe « des plus concernés » mis à mal

Sur la base d’un périmètre et d’une question choisis par un gouvernement pro-aéroport, 51% d’électeurs de Loire-Atlantique se sont rendus aux urnes, soit 480 000 habitants qui ne se sont pas déplacés (résultats complets ici). La victoire du Oui est nette : 55% des votants, soit 268 000 personnes, se sont montrés « favorables au projet de transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ». Plus de 218 000 personnes ont voté Non. De fortes disparités selon les communes peuvent être obervées. Les « plus concernés » par le transfert, à savoir les habitants des communes qui seraient touchées par la construction du nouvel aéroport, ont voté majoritairement contre. Tandis que celles qui imaginent en tirer profit sur le plan économique, comme les communes relativement peuplées d’Orvault et Saint-Herblain, ont voté largement pour. Les communes rurales, et les cantons historiquement de droite (La Baule, Guérande) ont également appuyé le transfert. Plus surprenant, Nantes sort du scrutin coupé en deux parts égales puisque le Oui l’emporte d’à peine 100 voix sur 84730 votants et le vote est disparate dans les communes à proximité de l’aéroport actuel (Bouguenais, Rezé, etc).

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>> L’article complet

>> A lire sur ce sujet :
Communiqué de Ensemble 44 ! Résultat de la consultation sur Notre-Dame des Landes
Notre Dame des Landes : nous avons toutes et tous une bonne raison de dire non ! (appel unitaire)

Après le référendum britannique (François Coustal)

51,9% des électeurs et des électrices britanniques se sont donc prononcés pour la sortie de l’Union européenne. Sans surprise, en France comme en Europe, la classe politique et médiatique se lamente et présente le choix du Brexit comme un triomphe des « populistes et des nationalistes », de l’extrême droite. Qu’en est-il vraiment ?

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Ce qui est absolument indéniable est que, à l’occasion de ce référendum, la campagne pour la sortie de l’UE s’est déroulée totalement sous influence de l’extrême droite (notamment l’UKIP, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni) et de la droite extrême eurosceptique (celle du Parti conservateur). La rhétorique dominante a été celle du retour à la souveraineté du Royaume-Uni, voire à la réaffirmation de l’identité britannique. De même, on ne peut que constater que la question de l’immigration a été au cœur de la confrontation. Pas seulement sous forme de la fermeture ou de l’hostilité vis-à-vis des migrants et des réfugies. Mais aussi vis-à-vis de l’immigration « communautaire », des « travailleurs déplacés » considérés comme responsables de la pression à la baisse sur les salaires.

Pour autant, on ne peut analyser le résultat du référendum simplement à l’aune d’une déferlante populiste et xénophobe sur l’opinion publique : il s’agit d’abord et avant tout d’un désaveu populaire de l’Union européenne, d’une condamnation de cette machine bureaucratique construite pour détruire les acquis sociaux. Le fait que les questions sociales et démocratiques n’aient pas été au cœur du débat référendaire ne signifie pas qu’elles n’ont pas pesé lourdement dans les urnes, bien au contraire !  Après tout, même dans la bouche des partisans de droite du Brexit, celui-ci était présenté non seulement comme un défi à Bruxelles, mais aussi « aux banques et aux multinationales ».
>> L’article complet

>> A lire sur ce sujet :

Pour survivre, l’Europe doit être refondée. Communiqué de Ensemble!

L’Europe, on la change, ou elle meurt. De Clémentine Autain et Roger Martelli
Référendum britanique : les faits, la fiction. De Phil Hearse, Socialist Resistance et Left Unity
La dislocation européenne est probable. De J-C Mamet

Une assemblée riche en discussions

La deuxième Assemblée générale d’Ensemble ! s’est déroulée à Montreuil les 11 et 12 juin. Elle a réuni environ 200 délégué.es représentant une soixantaine de villes et départements.

La mobilisation en cours, porteuse de bouleversements, a commencé par modifier l’ordre du jour initial de la réunion, qui fut évidemment l’occasion d’échanger sur le sujet. Toute la matinée du samedi y fut consacrée. Les discussions ont permis un échange fourni entre les militant.es d’Ensemble ! qui sont partout acti.ve.fs et impliqué.es dans le mouvement, les grèves, les manifestations, les Nuits debout… Elles ont surtout permis de mesurer la richesse, la diversité de ce mouvement, et de commencer à réfléchir à ses effets à moyen et long terme, à ses conséquences, à ce qu’il signifie en termes de repolitisation, de pont en construction entre social et politique …

Le consensus s’est établi autour de l’objectif pour Ensemble de donner corps à un nouveau rassemblement, coalition, front, d’une gauche populaire et citoyenne, combinant forces politiques et sociales et engagements citoyens, dans des collectifs prenant part aux décisions essentielles. De l’avis général, il s’agit aussi d’une bonne occasion de reprendre la réflexion sur les questions stratégiques. Cela s’imposait un peu moins dans l’ambiance morose qui précéda le mouvement !

Autre sujet de discussion, les choix tactiques à effectuer pour 2017, qui avaient fait l’objet d’une consultation des collectifs locaux d’Ensemble ! Cette consultation a permis de réaffirmer le socle commun qui unit les militant.es d’Ensemble ! dont l‘objectif est la refondation de la gauche de transformation sociale et écologique, dans une démarche à la fois radicale et unitaire. Un tel projet nous amène bien au-delà de 2017.

S’agissant des échéances de l’année prochaine, un point faisait débat : fallait-il rejoindre dès ce mois de juin la campagne de Jean-Luc Mélenchon, qui rencontre un large écho populaire, ou se laisser jusqu’à l’automne pour poursuivre toutes les tentatives de construction d’une candidature unique de la gauche anti-libérale, sur la base d’un programme radicalement opposé à la politique de gouvernement ? 295 avaient opté pour la première option, 435 pour la seconde, beaucoup d’autres s’étaient abstenus.

Un des enjeux du week end a été de trouver une position de consensus, qui puisse rassembler très largement les militant.es d’Ensemble !. Ainsi le mouvement a-t-il réaffirmé dans une déclaration à la fois son attachement à toutes les démarches unitaires en cours, notamment à partir de l’ « appel des 100 », sa volonté d’aboutir à des candidatures communes de la gauche anti-libérale à la présidentielle et aux législatives, et d’engager la discussion avec Jean-Luc Mélenchon, seul candidat déclaré pour le moment, et le mouvement « La France insoumise », pour débattre de la nature du rassemblement à construire, du programme à défendre et des moyens à mettre en œuvre pour que sa candidature s’inscrive dans un cadre commun, considérant que le mouvement « La France insoumise » ne rassemble à ce jour qu’une partie des forces disponibles pour une alternative

Dans le même temps, Ensemble rencontrera toutes les forces concernées par une démarche de rassemblement (Front de Gauche, EELV, Nouvelle Donne, NPA, socialistes en rupture avec le gouvernement, animateurs-trices du combat contre la loi travail)

Le Collectif national, réuni le 1er et 2 octobre, fera le bilan de ces objectifs et décidera des modalités de poursuite du débat dans Ensemble !.

L’Assemblée générale a également été l’occasion d’autres discussions. Ainsi, les échanges concernant le fonctionnement du mouvement vont se poursuivre mais le week end a permis d’acter la mise en place d’une commission de conciliation et de résolution des conflits. La situation internationale a été l’objet d’un débat qui s’amorce. Les déléguées femmes ont fait le choix de se réunir séparément, en AG non mixte, et ont fait des constats et des propositions concernant à la fois la prise de parole des femmes dans les débats, et la parité des instances, notamment de l’Equipe d’animation nationale (EAN). Celle-ci, dont la composition a été partiellement renouvelée (une vingtaine de sorties, à peu près autant d’entrées) n’est pour l’heure pas paritaire. Cette situation ne peut qu’être temporaire. Affaire à suivre !

>> En savoir plus sur le mouvement :

Texte d’orientation d’Ensemble adopté par l’Assemblée Générale d’Ensemble le 12 Juin
Brochure d’Ensemble! pour un plan d’urgence

S’inscrire à l’Université d’été d’Ensemble ! (27 au 30 Août)

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